Dans cet article
- L’église Sainte-Marie-Madeleine est attestée dès le XIIIe siècle, mais le bâtiment actuel date pour l’essentiel de la reconstruction de 1852-1856
- Le clocher roman, seul vestige médiéval encore visible, est classé à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1926
- L’entrée est libre et gratuite tous les jours ; les visites commentées sont organisées lors des Journées du patrimoine en septembre
- L’édifice se trouve place Jean-Grandel, à 5 minutes à pied de la station de métro Gabriel Péri (ligne 13)
- Trois vitraux du XIXe siècle signés par l’atelier Lorin de Chartres méritent une attention particulière
- Le cimetière ancien attenant conserve des stèles du XVIIIe siècle qui témoignent de la vie rurale de la boucle de Seine
Sommaire
- Des origines médiévales à la première église paroissiale
- Le clocher roman : un vestige classé Monument historique
- La reconstruction du XIXe siècle : de la ruine au néogothique
- Vitraux, mobilier liturgique et œuvres remarquables
- L’église à travers les deux guerres mondiales
- Les restaurations contemporaines et l’état actuel
- Le cimetière ancien et ses stèles oubliées
- Informations pratiques pour la visite
J’ai poussé la porte de Sainte-Marie-Madeleine par un matin de novembre, alors que la lumière rasante découpait le clocher sur un ciel de craie. C’est un réflexe que je conserve depuis mes années au bulletin municipal : chaque fois que je repasse place Jean-Grandel, je lève les yeux vers cette silhouette trapue, la plus ancienne structure bâtie encore debout à Gennevilliers. L’église ne figure dans aucun guide touristique national, et pourtant elle condense cinq siècles d’histoire locale, des labours médiévaux de la plaine maraîchère jusqu’aux bombardements de 1942. Voici ce que j’ai pu reconstituer, archives en main et appareil photo en bandoulière.
Des origines médiévales à la première église paroissiale
La première mention d’un lieu de culte dédié à sainte Marie-Madeleine à Gennevilliers remonte à un pouillé du diocèse de Paris daté de 1205. Le document, conservé aux Archives nationales, signale une chapelle rurale rattachée à l’abbaye de Saint-Denis. À cette époque, Gennevilliers n’est qu’un hameau agricole de la boucle de Seine, coincé entre les marais et les terres à blé. La population ne dépasse pas quelques centaines d’âmes.
La chapelle primitive était vraisemblablement construite en bois et torchis, comme la plupart des édifices ruraux d’Île-de-France au début du XIIIe siècle. C’est entre 1230 et 1260 qu’un premier bâtiment en pierre voit le jour, financé par les dîmes versées à l’abbaye. Le choix du vocable de Marie-Madeleine, patronne des pécheurs repentis, est fréquent dans les paroisses agricoles du Bassin parisien : on la priait pour protéger les récoltes des inondations de la Seine.
Au XVe siècle, la paroisse obtient un curé résident. Les registres paroissiaux, dont les plus anciens fragments conservés datent de 1457, attestent de baptêmes, mariages et sépultures célébrés sur place. Le village compte alors environ 400 habitants, majoritairement vignerons et maraîchers. Pour resituer ce contexte rural, je vous invite à lire mon article sur le vieux centre de Gennevilliers et ce qu’il reste du village du XIXe siècle, qui retrace la physionomie du bourg avant l’industrialisation.

Le clocher roman : un vestige classé Monument historique
Le clocher est la pièce maîtresse du patrimoine architectural gennevillois. De plan carré, haut d’environ 18 mètres, il est construit en moellons de calcaire grossier liés au mortier de chaux. Sa partie inférieure, que les historiens de l’art datent de la seconde moitié du XIIe siècle, présente des baies géminées en plein cintre caractéristiques du roman tardif d’Île-de-France.
En 1926, le clocher est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, sur proposition de la Commission des Monuments historiques du département de la Seine. Cette protection concerne la tour elle-même et les deux premières travées de la nef qui lui sont directement accolées. Le reste de l’édifice, reconstruit au XIXe siècle, ne bénéficie pas de cette inscription.
J’ai pu observer de près, lors d’une visite organisée par le service patrimoine de la ville en 2019, les marques de tâcheron gravées dans la pierre à hauteur d’homme. Ces signes géométriques, croix, triangles, demi-cercles, identifiaient les tailleurs de pierre et servaient à calculer leur rémunération. On en dénombre une quinzaine de motifs différents, ce qui suggère un chantier mobilisant plusieurs équipes.
Le beffroi abrite aujourd’hui trois cloches. La plus ancienne, datée de 1698, porte une inscription en latin rappelant le nom du curé et du parrain. Les deux autres, fondues après la Révolution, datent respectivement de 1824 et 1857. Elles sonnent encore chaque dimanche matin, un repère sonore familier pour les riverains de la place Jean-Grandel.
La reconstruction du XIXe siècle : de la ruine au néogothique
Au milieu du XIXe siècle, l’église médiévale tombe littéralement en ruine. Un rapport de l’architecte départemental rédigé en 1848 signale des murs fissurés, une charpente vermoulue et un risque d’effondrement de la voûte du chœur. Le conseil municipal vote alors la reconstruction, en conservant le clocher roman jugé encore solide.
Les travaux débutent en 1852 et s’achèvent en 1856. L’architecte retenu, dont le nom figure dans les délibérations municipales comme M. Naissant, opte pour un style néogothique sobre, en harmonie avec le clocher conservé. La nouvelle nef, longue de 28 mètres, comprend trois vaisseaux séparés par des colonnes à chapiteaux feuillagés. Le chœur, terminé par une abside à trois pans, reçoit un décor peint imitant la pierre de taille.
Le coût total de l’opération s’élève à environ 85 000 francs-or, une somme considérable pour une commune rurale de 2 500 habitants. Le financement provient pour moitié d’une subvention de l’État, pour un quart de la fabrique paroissiale et pour le dernier quart d’un emprunt communal remboursé sur vingt ans.
| Élément architectural | Époque de construction | Style | Protection patrimoniale |
|---|---|---|---|
| Clocher (base) | Fin XIIe siècle | Roman tardif | ISMH 1926 |
| Clocher (partie haute) | XIIIe siècle, remanié XVIIe | Roman / classique | ISMH 1926 |
| Nef et bas-côtés | 1852-1856 | Néogothique | Non protégé |
| Chœur et abside | 1852-1856 | Néogothique | Non protégé |
| Sacristie | 1870 environ | Utilitaire | Non protégé |
| Portail occidental | 1856 | Néogothique | Non protégé |
Cette chronologie superposée fait tout l’intérêt de l’édifice : en un seul regard, on embrasse huit siècles de construction, du calcaire brut roman aux moulures industrielles du Second Empire.

Vitraux, mobilier liturgique et œuvres remarquables
Les trois vitraux les plus remarquables occupent les baies du chœur. Ils ont été réalisés par l’atelier Lorin de Chartres, un des grands maîtres verriers du XIXe siècle, également auteur de verrières pour la cathédrale de Chartres et plusieurs églises parisiennes. Commandés en 1858, ils représentent trois scènes de la vie de Marie-Madeleine : l’onction des pieds du Christ, la rencontre au tombeau le matin de Pâques et la prédication en Provence selon la tradition médiévale.
Les couleurs dominantes, bleu cobalt, rouge rubis et or, rappellent la palette des vitraux gothiques, mais le traitement des visages et des drapés trahit un réalisme tout à fait XIXe siècle. J’ai remarqué, en fin de matinée quand le soleil frappe directement les baies orientales, que la lumière projetée au sol dessine des motifs particulièrement vifs sur les dalles du chœur : un moment à ne pas manquer si vous visitez entre 10 h et midi par temps clair.
Le mobilier liturgique mérite également l’attention. La chaire à prêcher, en chêne sculpté, date de la reconstruction de 1856. Ses panneaux figurent les quatre évangélistes encadrés de rinceaux végétaux. Le maître-autel en marbre blanc et gris, installé en 1860, a été offert par un notable local dont le nom est gravé sur le socle. Dans le bas-côté gauche, un bénitier en pierre calcaire du XVIIe siècle, rescapé de l’ancienne église, constitue l’un des objets les plus anciens conservés in situ.
On notera aussi un chemin de croix peint sur toile marouflée, daté de 1862, dont les quatorze stations suivent un style académique assez conventionnel mais bien conservé. Deux d’entre elles ont été restaurées en 2003 par un atelier spécialisé de Versailles.
L’église à travers les deux guerres mondiales
Pendant la Première Guerre mondiale, l’église Sainte-Marie-Madeleine ne subit aucun dommage direct, Gennevilliers étant à l’arrière du front. Mais le monument aux morts érigé en 1921 dans le cimetière attenant porte les noms de 287 soldats gennevillois tombés entre 1914 et 1918, soit près de 3 % de la population de l’époque. Cette stèle de granit gris, sobre et imposante, se dresse toujours à l’entrée du cimetière ancien.
La Seconde Guerre mondiale laisse des traces plus profondes. Le 30 mai 1942, un bombardement allié visant les installations industrielles de la boucle de Seine touche le quartier de l’église. Plusieurs maisons de la place sont détruites, et l’édifice lui-même subit des dégâts : vitraux soufflés, toiture percée par des éclats, mur du bas-côté nord fissuré. Les réparations provisoires sont effectuées dès 1944, mais la restauration complète des vitraux ne sera achevée qu’en 1952, dix ans après les bombardements.
L’histoire industrielle de Gennevilliers, étroitement liée à l’effort de guerre puis à la reconstruction, est documentée dans mon article sur les usines Chausson et l’histoire de l’automobile ouvrière. Les ouvriers de ces usines comptaient parmi les paroissiens les plus assidus de Sainte-Marie-Madeleine dans les années 1930 et 1940.
Les restaurations contemporaines et l’état actuel
La municipalité, propriétaire de l’édifice depuis la loi de séparation de 1905, a engagé plusieurs campagnes de restauration au cours des dernières décennies. En 1987, une première intervention porte sur la consolidation du clocher : reprise des joints, remplacement de moellons éclatés par le gel, traitement anti-mousse de la pierre. Le coût, cofinancé par la DRAC Île-de-France, s’élève à 420 000 francs.
En 2003-2005, une campagne plus ambitieuse concerne la toiture de la nef (remplacement de la couverture en ardoise), le drainage du pourtour de l’édifice pour lutter contre les remontées capillaires, et la restauration de deux stations du chemin de croix mentionnées plus haut. Le budget total atteint 1,2 million d’euros, dont 40 % financés par le département des Hauts-de-Seine.
Lors de ma dernière visite en mars 2026, j’ai constaté que l’état général est correct : la toiture ne présente pas de fuites visibles, les vitraux sont en bon état, et le clocher bénéficie d’un éclairage nocturne discret installé en 2018. En revanche, les enduits intérieurs du chœur montrent des signes d’humidité, avec des efflorescences salines sur la partie basse des murs. Une nouvelle campagne de travaux est à l’étude selon les informations affichées en mairie.
L’église reste un lieu de culte actif : une messe dominicale y est célébrée chaque semaine, et les grandes fêtes liturgiques (Noël, Pâques, Toussaint) rassemblent encore une communauté fidèle. Le bâtiment accueille aussi occasionnellement des concerts de musique classique organisés par des associations locales, l’acoustique de la nef néogothique se prêtant bien à la musique de chambre et au chant choral.

Le cimetière ancien et ses stèles oubliées
Attenant à l’église, le cimetière ancien de Gennevilliers est un lieu méconnu qui vaut pourtant le détour. Il conserve des sépultures datant du XVIIIe siècle, ce qui en fait l’un des plus anciens cimetières paroissiaux encore visibles dans la boucle de Seine nord-ouest.
Les stèles les plus anciennes, en calcaire local, portent des inscriptions souvent à demi effacées par l’érosion. J’ai pu déchiffrer plusieurs noms de familles de vignerons et de maraîchers, accompagnés de mentions comme « laboureur » ou « jardinier », qui rappellent le passé agricole de la commune. Quelques tombes du XIXe siècle arborent des ornements sculptés plus élaborés : couronnes de fleurs, sabliers ailés, mains jointes.
Le monument aux morts de 1914-1918, dont j’ai déjà parlé, occupe une position centrale. Il a été complété après 1945 par l’ajout des noms des victimes de la Seconde Guerre mondiale. Un second monument, plus modeste, rend hommage aux résistants gennevillois déportés.
Le cimetière est librement accessible aux heures d’ouverture habituelles (8 h à 17 h en hiver, 8 h à 18 h en été). Il constitue un complément naturel à la visite de l’église et offre, depuis son allée principale, une vue dégagée sur le clocher roman que les photographes apprécieront en fin d’après-midi, quand la lumière dorée frappe la pierre calcaire.
Pour prolonger cette promenade patrimoniale, je recommande de poursuivre vers le vieux centre de Gennevilliers, situé à quelques rues seulement. On peut aussi rejoindre les berges de Seine à pied en une vingtaine de minutes pour une balade à vélo le long du fleuve.
Informations pratiques pour la visite
Voici les informations essentielles pour préparer votre visite de l’église Sainte-Marie-Madeleine et du cimetière ancien.
Adresse : place Jean-Grandel, 92230 Gennevilliers.
Accès en transports en commun :
- Métro ligne 13, station Gabriel Péri (sortie 2), puis 5 minutes à pied par la rue Pierre-Brossolette
- Tramway T1, arrêt Les Courtilles, puis 10 minutes à pied
- Bus 177 (depuis La Défense), arrêt Mairie de Gennevilliers
Accès en voiture : stationnement gratuit sur la place Jean-Grandel et dans les rues adjacentes. Depuis Paris, prendre l’A86 sortie Gennevilliers-Centre. Comptez environ 25 minutes depuis la Porte de Clichy hors heures de pointe.
Horaires d’ouverture de l’église :
- Ouverte tous les jours de 9 h à 18 h (sauf pendant les offices)
- Messe dominicale à 10 h 30
- Entrée libre et gratuite
Visites commentées : lors des Journées européennes du patrimoine (troisième week-end de septembre), le service patrimoine de la mairie organise des visites guidées gratuites d’environ 45 minutes. Se renseigner auprès de la mairie de Gennevilliers pour les inscriptions.
| Moyen de transport | Depuis Paris centre | Durée estimée | Coût indicatif (2026) |
|---|---|---|---|
| Métro ligne 13 | Saint-Lazare → Gabriel Péri | 20 min + 5 min à pied | 2,15 € (ticket t+) |
| RER C + T1 | Châtelet → Les Courtilles | 35 à 40 min | 2,15 € (ticket t+) |
| Bus 177 | La Défense → Mairie | 15 à 25 min | 2,15 € (ticket t+) |
| Voiture | Porte de Clichy via A86 | 20 à 35 min | Stationnement gratuit |
| Vélo | Porte de Clichy via piste cyclable | 30 à 40 min | Gratuit / Vélib’ |
Après la visite, vous pouvez déjeuner dans l’un des restaurants et bistrots du centre-ville, à moins de dix minutes à pied. Pour une sortie plus complète, combinez avec une visite du Théâtre de Gennevilliers T2G (en soirée) ou du parc des Chanteraines (en journée, idéal avec des enfants). Pour d’autres idées de sorties en famille à Gennevilliers, consultez notre sélection dédiée.
Si vous venez un jour de marché, faites un crochet par les marchés de Gennevilliers pour ramener quelques provisions : le marché du centre se tient les mardis, jeudis et samedis matin, à cinq minutes de l’église.
À retenir
- Le clocher roman du XIIe siècle est le plus ancien édifice encore debout à Gennevilliers : prenez le temps de repérer les marques de tâcheron sur la pierre à hauteur d’yeux
- Visitez de préférence entre 10 h et midi par temps ensoleillé pour profiter de la lumière traversant les vitraux Lorin dans le chœur
- Les Journées du patrimoine (troisième week-end de septembre) sont la seule occasion annuelle de bénéficier d’une visite commentée gratuite ; inscrivez-vous auprès de la mairie
- Combinez la visite avec une promenade dans le cimetière ancien attenant pour découvrir les stèles du XVIIIe siècle et le monument aux morts
- Depuis la station Gabriel Péri (ligne 13), vous êtes à 5 minutes à pied : c’est l’accès le plus rapide depuis Paris
Questions fréquentes
Quand l’église Sainte-Marie-Madeleine de Gennevilliers a-t-elle été construite ?
Le lieu de culte est attesté depuis 1205, mais le bâtiment actuel résulte principalement de la reconstruction de 1852-1856. Seul le clocher roman, daté de la fin du XIIe siècle, subsiste de l’édifice médiéval d’origine.
Le clocher de l’église est-il classé Monument historique ?
Le clocher est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1926. Cette protection couvre la tour et les deux premières travées de la nef qui lui sont accolées. Le reste de l’église, reconstruit au XIXe siècle, n’est pas protégé.
L’église Sainte-Marie-Madeleine est-elle ouverte au public ?
Oui, l’église est ouverte tous les jours de 9 h à 18 h et l’entrée est gratuite. Des visites commentées gratuites sont proposées lors des Journées européennes du patrimoine, en septembre.
Comment se rendre à l’église Sainte-Marie-Madeleine depuis Paris ?
Le plus rapide est le métro ligne 13 jusqu’à Gabriel Péri (20 minutes depuis Saint-Lazare), puis 5 minutes à pied. On peut aussi emprunter le RER C combiné au tramway T1 (35 à 40 minutes depuis Châtelet) ou le bus 177 depuis La Défense.
Quels sont les éléments remarquables à voir à l’intérieur de l’église ?
Les trois vitraux du chœur réalisés par l’atelier Lorin de Chartres (1858), la chaire à prêcher en chêne sculpté, le maître-autel en marbre offert en 1860, un bénitier en pierre du XVIIe siècle et un chemin de croix peint de 1862 comptent parmi les pièces les plus intéressantes.
Peut-on visiter le cimetière ancien de Gennevilliers ?
Oui, le cimetière ancien attenant à l’église est en accès libre de 8 h à 17 h en hiver et de 8 h à 18 h en été. On y trouve des stèles du XVIIIe siècle et le monument aux morts des deux guerres mondiales.
Camille Besson est rédactrice indépendante, ancienne chroniqueuse du bulletin municipal de Gennevilliers. Native de la boucle de Seine nord-ouest, diplômée des Beaux-Arts et d un DEA de géographie urbaine, elle tient Le Carnet de la Boucle depuis plus de quinze ans. Patrimoine industriel, balades fluviales, tables locales et agenda culturel : tout ce qu un Parisien de passage ne verra jamais.