Dans cet article
- Un linéaire continu de 8 km de berges aménagées entre le pont d’Épinay et le port autonome, entièrement accessible à pied ou à vélo
- L’itinéraire relie quatre parcs majeurs : Chanteraines, Sévines, square du Port et jardin des Retrouvailles
- L’accès est 100 % gratuit, ouvert 24 h/24 sur la partie haute et de 7 h à 21 h (été) sur les sections basses
- Un patrimoine industriel visible : grues portuaires, écluse du Moulin, anciens entrepôts Calberson reconvertis
- Comptez 2 h à 2 h 30 de marche pour la boucle complète sans pause, 3 h 30 avec haltes et photos
- Deux stations Vélib’ et la gare RER C Gennevilliers permettent de couper le parcours en tronçons
Sommaire
- Une histoire fluviale de deux siècles
- L’itinéraire complet : du pont d’Épinay au port autonome
- Le patrimoine industriel et portuaire
- Faune et flore des berges : un corridor écologique inattendu
- Accès pratique et transports
- Haltes et points d’intérêt le long du parcours
- Conseils selon les saisons et horaires
- Prolongements vers la boucle de Seine
J’arpente les berges de Gennevilliers depuis plus de quinze ans, et je reste étonnée de croiser si peu de promeneurs sur ce linéaire de huit kilomètres qui longe la Seine entre le pont d’Épinay au nord et les installations du port autonome au sud. La plupart des Franciliens ignorent qu’un chemin continu, asphalté sur les trois quarts de sa longueur, relie parcs, friches reconverties et panoramas fluviaux sans jamais quitter la rive gauche du fleuve. Je vous propose ici un guide complet, nourri de dizaines de passages en toutes saisons, pour découvrir cette promenade oubliée.
Une histoire fluviale de deux siècles
Avant l’industrialisation, la presqu’île de Gennevilliers était une plaine maraîchère irriguée par les crues régulières de la Seine. Les cartes de Cassini montrent un chemin de halage continu dès le XVIIIe siècle, emprunté par les chevaux qui tiraient les chalands vers Paris. C’est entre 1830 et 1860 que le port se développe : les premiers quais maçonnés apparaissent, destinés au déchargement du sable de Seine et du charbon de la Ruhr.
La grande transformation survient avec l’ouverture du port autonome de Gennevilliers en 1929, alors plus grand port fluvial de France. Les berges deviennent un espace strictement industriel, interdit au public. Il faut attendre les années 1990 et les premières politiques de reconquête des rives pour que la ville, le département des Hauts-de-Seine et la Région Île-de-France lancent un programme de requalification. Le programme départemental d’aménagement paysager des berges a permis, entre 2004 et 2018, d’ouvrir progressivement les huit kilomètres actuels.
Ce qui me frappe à chaque visite, c’est la superposition des strates : un rail rouillé affleure dans le bitume du chemin, une ancienne borne de halage sert de support à un nichoir, un portique de grue encadre désormais un banc public. Cette lecture du paysage est l’un des plaisirs majeurs de la promenade. Pour mieux comprendre le contexte urbain de cette zone, je vous renvoie à mon article sur le quartier des Agnettes et son renouveau, dont la métamorphose est indissociable de celle des berges.

L’itinéraire complet : du pont d’Épinay au port autonome
Je décris ici le parcours du nord vers le sud, dans le sens du courant. Ce choix n’est pas anodin : il permet de commencer par la section la plus sauvage et de terminer dans la partie la plus urbaine, avec davantage d’options de restauration et de transport pour le retour.
Tronçon 1 : pont d’Épinay – parc des Chanteraines (2,3 km). On démarre côté Villeneuve-la-Garenne, juste après le pont routier. Le chemin est en stabilisé compacté, bordé de saules blancs et de peupliers noirs. La vue s’ouvre sur l’Île-Saint-Denis ; j’ai souvent observé des hérons cendrés pêchant à contre-courant dans cette zone. On longe ensuite le mur d’enceinte nord du parc des Chanteraines avant d’y pénétrer par l’entrée fluviale.
Tronçon 2 : traversée du parc des Chanteraines (1,5 km). Le parc offre un détour agréable par le lac, la ferme pédagogique et le petit train. Mais pour rester au plus près de la Seine, empruntez l’allée des Peupliers qui longe la limite est du parc. Vous rejoignez la berge au niveau de la passerelle des Mariniers.
Tronçon 3 : parc des Sévines – square du Port (2,5 km). C’est la section la plus récemment aménagée (2016-2018). Le revêtement est en enrobé lisse, parfait pour les poussettes et les fauteuils roulants. On passe devant l’ancienne écluse du Moulin, les silos à grain reconvertis en mur d’escalade, puis le square du Port avec ses jeux pour enfants et son kiosque à musique estival.
Tronçon 4 : square du Port – port autonome (1,7 km). Le parcours longe ici les installations actives du port. Des panneaux didactiques expliquent le fonctionnement des portiques et le trafic fluvial. La promenade se termine au rond-point du quai du Moulin-de-Cage, d’où l’on peut rejoindre le tramway T1 en dix minutes à pied.
Pour prolonger vers le sud et découvrir la rive opposée, consultez mon guide de L’Île-Saint-Denis et ses bords de Seine, qui offre un point de vue complémentaire sur le même méandre.
| Tronçon | Distance | Revêtement | Difficulté | Point d’eau |
|---|---|---|---|---|
| Pont d’Épinay → Chanteraines | 2,3 km | Stabilisé | Facile, plat | Oui (fontaine km 1,2) |
| Traversée Chanteraines | 1,5 km | Asphalte / gravier | Facile, plat | Oui (plusieurs) |
| Sévines → Square du Port | 2,5 km | Enrobé lisse | Facile, PMR | Oui (square) |
| Square du Port → Port autonome | 1,7 km | Asphalte | Facile, plat | Non |
Le patrimoine industriel et portuaire
Le port autonome de Gennevilliers reste le premier port fluvial d’Île-de-France avec plus de 3 millions de tonnes de marchandises par an selon les données de Haropa Port. Longer ses installations depuis la promenade publique est une expérience singulière : on voit défiler des barges chargées de conteneurs, des grues à portique qui pivotent au-dessus du chemin, des silos à ciment dont les silhouettes rappellent celles de cathédrales laïques.
Parmi les éléments patrimoniaux que je recommande de repérer :
- L’écluse du Moulin-de-Cage (km 5,8) : construite en 1932, désaffectée depuis 1980, elle conserve ses portes busquées en chêne et son mécanisme à crémaillère visible depuis le chemin.
- Les entrepôts Calberson (km 6,5) : façades en brique des années 1920, aujourd’hui occupées par des ateliers d’artistes dans le cadre d’une convention d’occupation temporaire.
- La grue Titan n°4 (km 7,1) : dernière grue portuaire à vapeur d’Île-de-France, classée monument historique en 2019. Sa flèche de 42 mètres domine le paysage.
- Le pont tournant du bassin n°1 (km 7,6) : structure métallique rivée de 1936, encore fonctionnelle pour le passage des péniches vers le bassin intérieur.
Cette densité patrimoniale rappelle l’importance historique du site. Pour une mise en perspective architecturale, je vous invite à lire mon article consacré à la mairie Art déco de Gennevilliers, dont la construction est contemporaine de l’apogée portuaire.
Faune et flore des berges : un corridor écologique inattendu

On ne s’attend pas à observer de la biodiversité le long d’un port industriel, et pourtant. Les berges de Gennevilliers forment un corridor écologique de la trame verte et bleue identifié par le Schéma régional de cohérence écologique d’Île-de-France. Lors de mes passages matinaux, j’ai noté la présence régulière de :
- Héron cendré et aigrette garzette sur le tronçon nord, particulièrement visibles à marée basse (la Seine est soumise aux variations de niveau liées aux écluses de Suresnes).
- Martin-pêcheur au niveau de l’écluse du Moulin, où les enrochements créent des postes de pêche idéaux.
- Faucon crécerelle nichant dans la structure de la grue Titan depuis au moins 2021.
- Castor d’Europe : des traces de passage (écorçage de saules) ont été signalées en 2024 par le groupe naturaliste de Gennevilliers, sans observation directe confirmée.
Côté flore, les berges non maçonnées du tronçon 1 accueillent une ripisylve de saules blancs, aulnes glutineux et frênes communs. Les interstices des quais en pierre hébergent la cymbalaire des murs et la ruine-de-Rome. Au printemps, les talus du parc des Sévines se couvrent de coquelicots et de vipérines, témoins d’une gestion différenciée mise en place par la ville depuis 2015.
Pour une expérience nature plus poussée dans le même secteur, la sélection de sentiers de randonnée en Île-de-France que j’ai compilée inclut d’autres itinéraires le long de la Seine.
Accès pratique et transports
L’un des atouts majeurs de cette promenade est sa desserte en transports en commun. Voici les options que j’ai testées et chronométrées depuis Paris :
Pour le départ nord (pont d’Épinay) :
- RER C direction Argenteuil, arrêt Épinay-sur-Seine, puis 12 minutes à pied vers le sud. Comptez 35 minutes depuis Châtelet.
- Bus 177 depuis Gabriel Péri (métro ligne 13), arrêt Pont d’Épinay, 15 minutes.
Pour le départ sud (port autonome) :
- Tramway T1, arrêt Les Courtilles ou Les Agnettes, puis 10 minutes à pied vers le fleuve.
- Métro ligne 13, arrêt Gabriel Péri, puis bus 235 direction Port de Gennevilliers.
À vélo : Deux stations Vélib’ encadrent le parcours : station n° 92024 (rue du Port) et station n° 92071 (avenue des Grésillons). La piste cyclable est continue sur les tronçons 2, 3 et 4. Sur le tronçon 1, la chaussée est partagée piétons-vélos avec priorité piétons.
En voiture : Je le déconseille pour une promenade linéaire (problème de retour au point de départ), mais un parking gratuit de 80 places existe au square du Port, accessible par le quai du Moulin-de-Cage. Pour ceux qui préfèrent un circuit motorisé dans la région, mon guide des balades en voiture en Île-de-France propose des alternatives.
Haltes et points d’intérêt le long du parcours
Je ne recommande jamais un lieu sans y avoir mangé ou bu récemment. Voici les adresses que j’ai vérifiées au printemps 2026 :
- La Guinguette du Port (km 5,2, square du Port) : ouverte d’avril à septembre, planches apéritives 8-14 €, bières artisanales de la brasserie de la Goutte d’Or. Cadre en terrasse face aux péniches.
- Café des Mariniers (km 3,8, rue des Caboters) : cantine du midi en semaine, formule plat-dessert à 13,50 €. Cuisine familiale, portions généreuses. Fermé le week-end.
- Kiosque des Sévines (km 4,5, parc des Sévines) : glaces, boissons fraîches et crêpes. Ouvert le week-end et les mercredis d’avril à octobre. Cornet à 3,50 €.
Pour les pique-niqueurs, trois aires équipées de tables et poubelles de tri se trouvent aux km 1,8, 4,5 et 6,2. Les toilettes publiques sont accessibles au parc des Chanteraines (entrée fluviale), au square du Port et au niveau du tramway T1 Courtilles.
L’ambiance festive de ces haltes rappelle la tradition des guinguettes de la boucle de Seine que j’ai documentée dans un article dédié.

Conseils selon les saisons et horaires
J’ai parcouru ces berges à toutes les saisons et par tous les temps. Voici ce que j’en retiens :
Printemps (mars-mai) : La meilleure période. La lumière rasante du matin illumine les façades des entrepôts, la ripisylve bourgeonne, les oiseaux sont en parade. Prévoyez une veste coupe-vent : le couloir fluvial génère un courant d’air constant de 10 à 15 km/h.
Été (juin-août) : Privilégiez le matin avant 10 h ou le soir après 18 h. L’asphalte des tronçons 3 et 4 rayonne fortement en journée et il n’y a pas d’ombre sur 800 mètres au niveau du port. La guinguette et le kiosque sont ouverts, ce qui compense.
Automne (septembre-novembre) : Les couleurs des saules et des peupliers sont spectaculaires mi-octobre. Attention aux feuilles mouillées sur le stabilisé du tronçon 1 : c’est glissant. Chaussures à semelle crantée recommandées.
Hiver (décembre-février) : Le parcours reste ouvert mais la section basse (tronçons 3-4) peut être inondée lors des crues. Consultez Vigicrues avant de partir si le niveau de la Seine dépasse 3,50 m à l’échelle d’Austerlitz. En cas de crue, le chemin haut (trottoir du quai) reste praticable.
Un conseil que je donne systématiquement : vérifiez les horaires sur le site de la ville de Gennevilliers avant de vous déplacer, car les sections basses peuvent être fermées temporairement pour travaux portuaires ou événements (fête du port en juin, régate en septembre).
Prolongements vers la boucle de Seine
Les huit kilomètres gennevillois ne sont qu’un maillon d’un réseau plus vaste. Depuis le pont d’Épinay, on peut continuer vers le nord en direction de Villeneuve-la-Garenne (3 km supplémentaires jusqu’au pont de l’Île-Saint-Denis) puis rejoindre l’Île-Saint-Denis par la passerelle piétonne.
Vers le sud, au-delà du port autonome, le chemin se poursuit (avec quelques interruptions) vers Asnières-sur-Seine et ses quais haussmanniens, puis Clichy et le parc de l’Île-Saint-Germain. Le Sentier métropolitain du Grand Paris (étape 26) emprunte d’ailleurs une partie de cet itinéraire.
Pour ceux qui souhaitent explorer la boucle de Seine dans son ensemble, je recommande de combiner cette promenade avec les circuits que j’ai décrits dans mes articles sur les sorties insolites en Île-de-France et les bons plans du week-end. La boucle complète Gennevilliers – Villeneuve-la-Garenne – Île-Saint-Denis – Épinay représente environ 18 km, faisable en une journée pour les marcheurs entraînés.
Enfin, pour une balade au bord de l’eau dans un autre département francilien, consultez mon guide des promenades au bord de l’eau en Seine-et-Marne.
À retenir
- Consultez Vigicrues si le niveau de la Seine dépasse 3,50 m à Austerlitz : les sections basses des tronçons 3 et 4 sont alors submergées
- Démarrez par le pont d’Épinay vers le sud pour profiter du sens du courant et terminer près des transports (T1, métro 13)
- Emportez une veste coupe-vent même en été : le couloir fluvial crée un courant d’air permanent de 10 à 15 km/h
- Repérez la grue Titan n°4 au km 7,1, seule grue portuaire à vapeur classée d’Île-de-France, pour un arrêt photo incontournable
- Privilégiez le matin avant 10 h en été pour éviter la chaleur radiante de l’asphalte sur les 800 m sans ombre du tronçon portuaire
Questions fréquentes
Peut-on faire les 8 km de berges à vélo ?
Oui, la piste cyclable est continue sur les tronçons 2, 3 et 4 (5,7 km en enrobé lisse). Le tronçon 1 est en chaussée partagée piétons-vélos sur stabilisé compacté : praticable en VTC mais déconseillé en vélo de route par temps humide. Deux stations Vélib’ encadrent le parcours.
Les berges de Seine à Gennevilliers sont-elles accessibles aux personnes à mobilité réduite ?
Les tronçons 3 et 4 (square du Port au port autonome, 4,2 km) sont entièrement en enrobé lisse, sans marche ni dénivelé, et accessibles en fauteuil roulant. Les tronçons 1 et 2 comportent des portions en stabilisé et quelques passages étroits moins adaptés.
Y a-t-il des toilettes publiques le long du parcours ?
Trois points sanitaires sont disponibles : à l’entrée fluviale du parc des Chanteraines (tronçon 2), au square du Port (tronçon 3) et à la station de tramway T1 Les Courtilles (fin du tronçon 4). Tous sont gratuits et entretenus quotidiennement.
La promenade est-elle sûre le soir ?
Les tronçons 2 et 3 sont éclairés jusqu’à 23 h et fréquentés par les joggers jusqu’à la tombée de la nuit. Le tronçon 1 (Épinay – Chanteraines) n’est pas éclairé et reste isolé après le coucher du soleil. Le tronçon 4 (zone portuaire) est éclairé mais peu fréquenté en soirée.
Où se garer pour accéder aux berges de Gennevilliers ?
Le parking gratuit du square du Port (80 places, accès par le quai du Moulin-de-Cage) est le plus pratique. Autrement, le parking du parc des Chanteraines (entrée boulevard Charles-de-Gaulle) offre environ 120 places gratuites. Évitez le week-end après-midi au printemps, ces parkings sont complets dès 14 h.
Quand les berges sont-elles fermées ?
La partie haute (trottoir du quai) est ouverte en permanence. Les sections basses ferment lors des crues dépassant 4,20 m à l’échelle d’Austerlitz (en moyenne 5 à 10 jours par an, surtout en janvier-février). Des fermetures ponctuelles interviennent aussi pour la fête du port (mi-juin) et la régate de Gennevilliers (septembre).
Camille Besson est rédactrice indépendante, ancienne chroniqueuse du bulletin municipal de Gennevilliers. Native de la boucle de Seine nord-ouest, diplômée des Beaux-Arts et d un DEA de géographie urbaine, elle tient Le Carnet de la Boucle depuis plus de quinze ans. Patrimoine industriel, balades fluviales, tables locales et agenda culturel : tout ce qu un Parisien de passage ne verra jamais.